Le maillot de l’immense Iverson retiré

L’ancien numéro 3 des Sixers a marqué l’histoire de la ligue. Et ce, malgré l’absence d’un trophée majeur : le titre.

« C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses », dit le proverbe. Pour un joueur NBA, c’est pareil. Alors que certains s’acharnent à savoir qui de Jordan, Bryant ou James est le plus grand (alors qu’un et demi des trois nommés gambade encore sur les parquets), on peut enfin se pencher sur le « cas » Allen Iverson, jeune retraité.

Cette retraite s’est faite attendre. Longtemps. Trop longtemps. Son départ de Denver, le 3 novembre 2008, marquait le départ d’une lente descente aux enfers : des passages anecdotiques à Detroit, Memphis, un retour sans saveur à Phila, puis… la Turquie. Et depuis trois ans, ce refrain qui a dû insupporter plus d’un fan du génie : « Je veux rejouer en NBA. » C’en devenait pathétique.

Ce 1er mars, on pouvait tourner la page Iverson pour de bon. Et se poser la question de la place de ce bonhomme d’1,83 mètre dans l’histoire de la ligue. Problème, sur son cv, une case manque, comme à ceux de Patrick Ewing ou Charles Barkley : celle du titre.

Une absence qui relance cet éternel débat : faut-il avoir gagné beaucoup de titres pour être un grand joueur ? Un Karl Malone (deux fois MVP) a-t-il eu une plus grande carrière qu’un Robert Horry (sept titres) ? La réponse est… difficile à donner.

Plus facile à observer en revanche : les hommages unanimes des grands de la ligue montrent à quel point Allen Iverson est respecté. C’est simple, son nom doit figurer au Hall of Fame, à côté des autres grands noms de cette ligue. Pour, au moins, cinq bonnes raisons.

1. Un scoreur jamais rassasié

Iverson restera comme l’un des plus grands attaquants de l’histoire tout en étant l’un des plus petits sur le terrain. Une coccinelle dominatrice au milieu des sequoias. En quelques chiffres : 26,7 points moyenne en carrière, 29,7 points de moyenne en playoffs (!), 4 titres de meilleur marqueur (1999, 2001, 2002 et 2005)… . Sa capacité à répondre à un adversaire lui valut son surnom « The Answer ». Aussi, Iverson s’est démarqué grâce à un style de jeu unique à l’époque. Considéré comme l’un des pères du crossover, il a inspiré de nombreux meneurs de jeu de la génération actuelle (Chris Paul, John Wall…). « AI » a excellé autant en tant que meneur-scoreur qu’en étant décalé au poste 2, à côté d’un meneur passeur (Eric Snow notamment). En mode glouton (42,5% au tirs) dans les deux cas. Surfant entre les deux postes, il a toujours souffert de sa petite taille en défense, qu’il a compensé par sa propension à voler le ballon (3 titres).

2. Un compétiteur hors du commun

Cette pub Reebook met en valeur un Allen Iverson cassé de partout. Symbole d’une carrière entière meurtrie par les blessures. Pourtant, il n’a raté que plusieurs matches au total. Même blessé, le lutin n’hésitait pas à aller se frotter aux gratte-ciels de la ligue. Une intensité incomparable avec la nonchalance d’un Tracy McGrady par exemple. Le dur à cuire figure parmi les plus grands compétiteurs à côté d’un Kobe Bryant ou Manu Ginobilli.

3. Un personnage sulfureux

« Je t’aime Philadelphie, pour m’avoir accepté. Et pour m’avoir laissé être moi-même, faire mes erreurs, et apprendre de ces erreurs. » Ses mots, le soir de la cérémonie en son honneur, en disent long. Car Iverson, aux antipodes du discret nice-guy Tim Duncan, était sulfureux. Dans son accoutrement d’abord : des tatouages partout, des cheveux tressées, baggys et grosses chaînes au cou. Le dress code imposé par David Stern a presque a été motivé par le seul Iverson. Aussi, le « branleur », issu du ghetto où il a été élevé seul par sa mère, était loin d’être un modèle. Passé par la prison plus jeune, il a par exemple multiplié les déclarations fracassants à l’encontre de son coach Larry Brown. Tout en montrant une éthique de travail douteuse, incarnée à elle seule par le célèbre épisode du « practice ». Malgré ses écarts nombreux, la ligue a su bonifier l’image du caïd pour faire de lui une icône hyper populaire.

4. 2001, l’année Iverson

La notion de « Grand chelem » n’existe pas en NBA. Pourtant, elle aurait parfaitement collée à 2001, l’année où les Sixers ont tout raflé : Larry Brown (meilleur coach), Dikembe Mutombo (meilleur défenseur), Aaron McKie (meilleur 6ème homme). Et par dessus le tout, un titre de MVP pour leur meilleur joueur, confirmant son show incroyable à Washington lors du All-star game. Une saison régulière parfaite (56-26) suivie par un parcours épique en playoffs. Un duel d’anthologie, en sept manches, face aux Raptors de Vince Carter (trois matches à 50 points ou plus à eux deux). Rebelote en finale de conférence face Bucks du trio CasselAllenRobinson. Et enfin, une finale NBA, où les Lakers arrivent intouchables (12 victoires et pas une défaite). La victoire des 76ers, dès le 1er match, sur les terres californiennes restera comme l’un de plus grands moments de playoffs dans la décennie. Ce soir-là, le MVP leur colle 48 points. Colossal. Mais insuffisant face au surpuissant tandem Shaq & Kobe, vainqueurs en cinq manches (4-1).

Ce cross sur Tyronn Lue est passé à la postérité :

5. L’incarnation de la génération post-Jordan

Penser Iverson, c’est penser, en vrac, à Vince Carter, Tracy McGrady, Kevin Garnett, Tim Duncan, Kobe Bryant, Paul Pierce, Shaquille O’Neal… Soit la génération des superstars affirmées au début des années 2000, qui a pris le relai des Jordan, Magic et Bird. Génération qui précède la draft 2003 avec James, Wade, Anthony et compagnie. « AI », à l’instar de « T-Mac » ou « Air Canada », n’a pas connu la même longévité que les Bryant, Duncan ou même Pierce qui ont traversé la décennie entière au top niveau.

Convaincu quand même ?

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